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Vue sur la plaine

6 janvier 2014

Obligé de rien, à part dormir de temps à autre, manger, entendre la douleur qui chante dans ma viande, j’observe la morne plaine des temps présents et j’y vois, sans longue-vue, les incendies allumés par des mains sans tête, j’y entends la clameur des discours vociférés par des bouches sans cervelle.
On vient chercher mes carnets et écouter mes phrases obscures — qui le sont davantage qu’à l’époque où je buvais des litres d’alcool —, on me tient informé par des canaux informels des événements arrivés et à venir, ceux dont les organes habituels de la diffusion n’en veulent pas faire écho car leur complexion n’est qu’économique. Il m’est demandé sans cesse de descendre là-bas dans cette vallée confuse et ruinée où s’exercent les derniers gardiens de temples vides à porter les grosses étoffes impériales, où s’agitent les premiers combattants venus directement du Siècle des Lumières, tous s’affrontant en piétinant les cadavres encore tièdes de leurs pères.
— Ce serait pour moi comme entrer dans la carrière, et je m’y refuse.
Personnages de plaine, hommes se croyant riches, ici et là en mangeant d’autres, démunis ou affaiblis, commençant leur repas par le cœur. Les observant, vous pouvez facilement comprendre ce que les gens peuvent être tout en étant ce qu’ils ne sont pas. Les opinions ventilées par l’obscurantisme et l’ignorance nous sont utiles pour déplacer les incendies, mettre dehors leurs banques et leurs palais les maîtres du monde autoproclamés, mettre leurs propres biens en danger de partage. Pour autant que je sache, si vous vous engagez sur cette route, allant au rythme soutenu d’une marche quotidienne, croisant des regards affidés, vous finirez pas conduire une colonne bien solidaire jusqu’aux portes de toutes les villes, et passant par tous les carrefours qui quadrillent les campagnes.
Ne consultez les écrans que pour vous nourrir d’une information amie ; ailleurs, contentez-vous de savoir que le mensonge de l’ennemi est la langue la plus répandue à ce jour.
C’est la raison pour laquelle, on vous dira souvent, après avoir reçu dans la tête vos coups de couteaux verbaux, que ce n’est que littérature. C’est assez vrai, mais nous savons le pouvoir des mots, qui consiste à modifier le réel dans le sens de la lettre. En fait, je pense le savoir, n’étant finalement qu’un système vivant avec de l’encre dans les veines, la prime qualité de l’écrivain est d’avoir d’abord lu et, sachant ainsi ce qui a été écrit avant lui, il aura quelque chose à dire pour fournir les munitions utiles à la révolution.

 

 

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From → ACTUALITE, ECRITS

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