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Première déclaration

Si vous croyez que je vais dégager les espaces au tour du monde et autour de moi pour m’installer et faire bonne figure, vous vous méprenez gravement sur mon compte, et vous n’avez toujours pas compris avec qui vous voudriez faire affaire relationnelle, moi, qui suis disposé à ne suivre que moi et indisposé par votre tentation de me faire marcher sur votre chemin joliment tracé, au bord duquel vous laissez quelques déchets essentiels, des attitudes nécessaires, ce qui me laisse perplexe quant à votre approche, même s’il me faut reconnaître que vous avez quelque talent puisque, malgré la difficulté, vous réussissez à m’approcher, à vous placer dans l’axe, vous voilà perpendiculaire à ma dérive, et malgré votre cécité à mon égard, je vous trouve belle.

Vos cheveux décoiffés et leurs voluptueuses volutes, votre visage chimérique, votre rire qui explose en une déflagration qui me souffle, vos gestes certains, et vos mots bien venus, sont des attraits inflammables, je me surprends à m’y consumer, loin des mathématiques, des absconses abysses et des perfides abscisses, vous êtes un bûcher inévitable. Déchaussée, je vois vos pieds magiques et je tombe en pâmoison sur le rebord de votre démarche, tandis que vous vous approchez de moi en murmurant des phrases incalculables et pourtant à portée de mon oreille. Vous ne savez rien, vous ne pouvez pas voir l’orgueil de ma détresse, même à deux doigts de l’indifférence, quand je m’attelle à votre désir inconscient.

C’est pourquoi nous allons faire l’amour.

Votre ventre tyrannique invite à la profondeur, vous n’avez pas besoin de le dire ; j’escompte votre lucidité à venir. D’impossibles courbes dessinent vos hanches et sous votre ventre respire doucement une brèche utile à votre plaisir. Il se peut que bientôt vous vous accapariez mon cœur, où vous voudriez lire comme dans un livre laissé ouvert sous la lampe de chevet, à une heure bien avancée de la nuit dans le silence abstrait de votre solitude. L’univers ne semble être plus qu’un angle de vue, vous êtes si proche de moi, votre joue contre la mienne est d’une fraîche chaleur, et c’est ainsi que je ne peux plus me réconcilier avec mes primes impressions. Votre beauté première s’est effacée au profit de la métaphysique.

Maintenant que je suis à votre merci, je n’ai plus aucune intention de m’enfuir ou de continuer sans vous ma dérive, nos perspectives sont désormais parallèles : serait-il possible que je me prenne à ramper sur votre parvis ? Mes prétendus discours sont dans mon cerveau comme une foule muette, je suis drapé de torpeur, le passé à travers moi ne souffle plus et seul s’instaure comme une évidence tout ce présent que vous avez assis entre nous deux. Votre corps qui fait empreinte dans le mien est un festin, ma bouche est pleine de vous. Vos doigts habiles fourragent mes cheveux, mes yeux sont contre vos yeux, nous mélangeons nos haleines de désir et se murmure délicatement le chant des corps. Nos habits nous ont quittés sans un geste de notre part. Vous voilà offerte, lascivement convaincue par mes mains.

C’est pourquoi nous allons jouir.

C’est déjà la nuit, le crépuscule a passé dans le froissement des draps, une ombre majestueuse a couvert le monde. Le silence. Aux derniers moments, votre visage s’empourpre, mes mains sont en tête, devant et dessous, vos yeux me regardent. Evidemment, vous ne pouvez plus rien dire, et même si vous le pouviez, cela n’aurait plus aucun intérêt. J’attends votre silence, celui qui suivra ce souffle incertain et cette ultime lumière venue se briser sur votre rétine. Il est fort probable que cette dernière image vous soit très désagréable, tandis que je présage la gloire secrète de votre immobilité soudaine. Enfin, de nouveau, je maîtrise ce semblant de situation, je fais relâche et doucement je glisse sur votre côté, je regarde le plafond et son ampoule jaunie, vos bras sont restés tout le long de votre taille, lestés par la surprise, ils reposent désormais sur le coton épais, vos paumes ouvertes vers le ciel.

Une pâleur inédite habille votre visage, vous êtes blanche comme un marbre rare, vos yeux verts ne voient plus rien et restent ouverts. Je demeure étendu à vos côtés, je me sens bien ; pendant quelques heures je m’adapte à cet air nouveau que vous ne respirez plus. C’est ainsi que je vous aime davantage ; enfin vous voilà aussi belle que toutes mes énigmes connues, et donc, maintenant, vous ressemblez à la liberté.

C’est pourquoi je vous ai étranglée.

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Ce texte a été initialement publié par Reflets du Temps le 26 janvier 2013
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