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CHEMIN DE LA CRITIQUE (deuxième partie)

18 février 2013

Le choix des armes avait été fait, disais-je. Les mots. Il restait à étudier le terrain et les manœuvres envisageables en considérant non seulement les lignes de front mais aussi les canaux multiples par lesquels circulent les discours du spectacle, les homélies du pouvoir, les réclames commerciales, les slogans politiques, les éditoriaux d’allégeance. Comment s’immiscer dans ces conduits, comment et où creuser la tranchée d’où l’ennemi sera observé et harcelé ? Etre sûr de l’arme, savoir parfaitement la manier et connaître non seulement les intentions de l’adversaire mais aussi ses manières : la cible, toujours, sera atteinte.

Ce qui est officiellement énoncé, relayé sans parcimonie par les réseaux médiatiques, ne laisse aucune place, sur le même champ de diffusion, à la réfutation. Les rares pourfendeurs, même dotés d’une pensée rationnelle impeccable et d’une pertinence cinglante, sont rapidement isolés, menacés (parfois physiquement) ou décrédibilisés publiquement par des stratégies de désinformation supplétives, soutenues là encore par l’essentiel du corps uni de la presse, de la publicité, des experts mandatés et éventuellement de la police. Professionnel assez gonflant au demeurant, le journaliste spécialisé, par la méthodologie de son activité et surtout par les sources desquelles il puise sa matière, est bien souvent l’animateur d’une propagande parfaitement orchestrée. On peut me dire que je généralise, je le concède volontiers puisque c’est vrai, et c’est précisément là l’anomalie, cette généralisation du journaliste porte-parole de l’assentiment donné aux combinaisons du système marchand, morne représentant de l’inférence niaise. Les exceptions existent. Elles sont rares. Je les connais assez bien.

La presse dite gratuite, la plus lue, dont se gavent les salariés sur le chemin automatisé qui les conduit au bureau ou à l’usine, n’est qu’un ensemble de paraphrases de dépêches d’agences, quand ce ne sont pas de simples copiés-collés, intercalées entre des publicités en quadrichromie qui financent le support. L’existence d’une équipe rédactionnelle pour ce type de publications est fort douteuse ; il s’agirait plutôt d’une brigade de scribes cuisinant des brèves sans intérêt réel, ou accommodant graphiquement des résultats de sondages ou d’enquêtes aussi crédibles qu’un combat de catch.

Assurément, on pourrait me croire lancé dans une espèce de croisade contre une entité assez absconse. D’aucuns, mal renseignés sur mon compte, m’assimileraient à ces abrutis conspirationnistes qui voient du complot partout. La définition du complot implique une bonne part de caché, de dissimulé, de secret. La caractéristique majeure de ce système dominant c’est qu’il est justement tout sauf caché et secret, il a envahi tous les secteurs de l’activité humaine, jusque dans les sphères reculées de la vie privée (privée de quoi ?), il est une scène étendue sur toute la surface de la planète. Certes, en coulisses (ministères, conseils d’administration de multinationales, officines et agences extralégales), il sera possible de trouver quelques secrets, manigances et stratagèmes, mais qui sait regarder attentivement le jeu qui se déroule sur cette scène, qui sait lire entre les lignes, aura immédiatement conscience de ce qui sonne faux, de ce qui est réellement renversé. C’est ici que le savoir lire, et le savoir écouter quand il s’agit de l’audiovisuel, prend toute sa consistance et son importance : une parfaite maîtrise de la rhétorique permet une lecture en creux, en négatif, des discours et révèle les failles de ceux-ci. Failles qui sont innombrables ; leur collecte est massive si l’on s’attarde devant le journal télévisé, si l’on écoute mot à mot les experts et spécialistes – souvent les mêmes têtes d’ailleurs, interchangeables – invités aux débats télévisés et autres talk-shows présentés par des animateurs plus que complaisants, sans parler des propos tenus par les politiques eux-mêmes, habités par ces très intéressants « éléments de langage » qui confirment une dépossession de la langue au profit d’automatismes et de routines sémantiques, dépossession allant de pair avec celle de la pensée. Il n’est pas toujours indispensable d’être compétent dans un domaine précis pour saisir que l’expert qui en parle vous gruge littéralement ; sa façon d’utiliser la langue suffira à le démasquer.

A l’image de cette langue dépouillée et exsangue, la misère, la médiocrité, la nuisance se sont généralisées, depuis les conditions matérielles de l’existence humaine, habitat standardisé, nourriture frelatée, pollution globale, jusqu’aux domaines larges des activités – passivités devrais-je dire – de la culture, des loisirs, du savoir, préfabriquées et uniformes, dans lesquelles, comme dans un siphon, ont été aspirés et le goût personnel et la culture propre, individuelle. L’avantage considérable de telles dilutions, c’est qu’en s’adressant finalement à de misérables ignorants, intoxiqués et abrutis par les flux incessants de prescriptions marchandes, la domination en son empire peut répandre à volonté toutes sortes de mensonges et de contraintes majeures sans craindre la moindre objection ou résistance.

Souvent je me suis pris à penser que l’Histoire doit secrètement en elle-même conserver les preuves comme quoi il est extrêmement difficile d’effectuer des découvertes de grande importance : il est improbable que l’information, sur laquelle nous allons plus tard nous pencher, soit classifiée au sujet du secret des restes de périodes et c’est moins, très certainement, sinon plus, raisonnablement. J’étais jeune encore et je faisais des confusions, il y avait des collisions. A la faculté, je rencontrai quelques personnes qui me faisaient écho, mais très vite cet écho, ou plutôt cette réverbération, m’indiquait la présence de parois, de limites. Ces individus déversaient des concepts appris par cœur, mais non compris, ils croyaient qu’il existait des preuves historiques, secrètement à préserver et difficiles à trouver, les prenaient pour un miracle noble, des preuves dont la seule valeur avait l’importance de l’information demeurée confidentielle ; je rétorquais, sans m’étendre et avant de prendre congé, qu’il était de toute urgence d’entendre les mystères du temps pour en constater la dissolution du plus haut point de contemplation, c’est-à-dire près du robinet. Puis je me retirai, éliminant ces quelques agressifs parleurs hâbleurs se bâfrant du transcendantal et des prolégomènes, leur tête dans la paroi. Je participais néanmoins à la publication de quelques feuilles, beaucoup d’entre elles non immatriculées, poético-politiques, j’y détaillais ma vision au sujet des périodes, des tentatives d’approcher quelques béances dans les replis de l’univers, avec le projet de redéployer cette perspective dans un essai plus épais, puis faire aboutir les boutures dans le roman en y incorporant les figures essentielles peuplant les silences. En annexe, le tableau des éléments. Seulement voilà, le passage prolongé dans des cadres rédhibitoires accélère parfois le dernier pas fait, et de l’avant déséquilibré s’ensuit une inertie particulière, comme si le sujet en était jeté, propulsé alors qu’il n’est qu’en chute libre vers le vide présent de l’avenir. Aussi, des actions concrètes étaient menées, des canulars, des détournements, des scandales, des dérives parfois assez longues, avec fumée et alcool, des aventures et des émeutes joyeuses, des vibrations à saisir, des démodulations à effectuer, des synchronisations toujours à envisager entre la situation individuelle et le crépitement faussement sporadique des consciences qui fondent le monde tant qu’il n’est plus représenté, pour glisser comme le flux libre après le jusant de la rétractation spectaculaire. J’ai beaucoup aimé les décors de ces réalisations, Lyon en particulier, et plus au nord, le Beaujolais et l’Azergues. L’imprévisible était recherché. Les liens en tous sens, dans leur projection, nous nous efforcions, assez facilement d’ailleurs, à ne les faire jamais paraître comme des tentatives aux yeux de l’ennemi, mais comme le simple éclairage sur une connivence acquise depuis un temps lointain, l’expression pure, c’est-à-dire dont les entraves tendaient vers zéro et s’y frottaient, de sujets socialement nettoyés de toute identification grégaire, fissurant la permanence du quotidien.

A l’époque, au tout début des années 90, je ne suis encore qu’un vague danger pour moi-même, et je passe très souvent au travers de mailles sans cesses renouvelées. Très vite j’attrape au vol la notion de détournement et j’en applique de façon pragmatique les principes afin d’en voir vivre les intérêts. J’exerce une pression insensible car constante et ancienne, mais suffisante, sur le tissu social pour conserver quelque courbe dans la perspective d’autrui. Déjà confirmé solitaire, et parfois longtemps seul ; j’avais également acquis la maîtrise de la dérive, et la dérive de toute maîtrise.

Arrête de boire, entendais-je déjà en ces temps où les charnières crissaient sous la force inédite de désirs obscurs. Boire. Doucement, mais sûrement, c’était le portail d’un certain sommeil parfaitement maîtrisé. Boire. Dans le studio de la rue de Créqui à Lyon, je me réveillais la nuit, des faisceaux glissaient au plafond quand des voitures passaient ; je n’avais pas de volets et je n’avais jamais mis de rideaux. Je me penchais sur ton ombre endormie. Boire. J’aimais les soubresauts de tes petits muscles accompagnant ton sommeil, tandis que moi-même je glissais brutalement vers l’assoupissement violent, au pays des écluses, d’une ivresse dépassée. Coma. Voici les bouteilles, disait l’ange de la nuit venu ausculter mon ventre et capter les émanations de mon cerveau recomposé dans son étui ; l’ange pourtant connaissait une autre torpeur maladive. Boire. Le cœur était un tambour masqué qui avançait sous l’œil hagard d’une foule de morts, et la peur se saisissait d’ombres et de reflets qui étaient comme du verre où miroitait la folle substance d’alcool à peine troublée par l’air ; l’équilibre se dissolvait le long d’une pente irréelle : la chute dévorait mon sucre en stock. Ce nouveau vide à emplir de liquide, quand la saveur amère attendait une brume maintes fois visitée et où je me perdais à chaque fois comme dans un labyrinthe – un minotaure était dessiné sur l’étiquette de la bouteille. Boire. Je fumais à peine, des brunes essentiellement, des Celtiques, jusqu’à ce qu’elles disparaissent du marché. A cette époque, rarement du hasch. Le clair-obscur permanent néanmoins, le silence limpide du monde par instants subreptice et sa rumeur chaude, inquiétante, tout cela ne me gagnait que par couches fines et invisibles. Boire. Je voyais autour de moi de plus en plus de contemporains faisant office de démodulateurs vivants pour des flux mortifères.

Je me souviens d’une discussion assez délirante, dans la voiture d’un professeur de psychopathologie clinique devenu ami, qui venait de me récupérer à l’issue d’une garde à vue et m’avait proposé de rester chez lui les jours suivants, un week-end de nouveau printemps qui s’ouvrait sous un soleil radieux. J’étais assis sur la banquette arrière, sa fille, qui était une intime, était à ses côtés devant ; j’étais encore en flottement dans des vapeurs toxiques, mais les mots que nous avions échangés lors du trajet sont restés assez clairs dans mon esprit. J’exposais un sentiment de bocal, d’enfermement en tous les points où je pouvais me situer dans le monde, avec des pans et des fenêtres, des murs et des portes, qui n’étaient que l’architecture d’une projection généralisée comme dépossession de l’utile invisible, la vie.

– Quand pour vous a bien pu commencer cette dépossession ? j’avais demandé.

Je voyais ses yeux dans le rétroviseur, ce tic qu’il avait, un sourcil relevé, un centimètre plus haut que l’autre, comme une petite faucille qui sursautait.

– A Lascaux, bon dieu, quand on a commencé à dessiner et peindre sur les parois de la grotte. C’est tellement clair, comme si c’était… hier. Il y a toujours eu ce déchirement qui consiste à nommer les choses, qu’elles existent ou pas, les idées tout comme les sujets, les objets et les êtres, puis d’en diffuser la dénomination par la paroi, mais d’abord dans le crépuscule permanent de la grotte…

Je croisai son regard de nouveau dans le petit miroir rectangulaire, d’un petit mouvement de la tête je l’invitai à poursuivre.

– Comprenez bien : il fallait le feu pour y voir clair, et il était un interrupteur inédit qui libérait ou arrêtait la diffusion de l’énergie utile en quantité de choses, et pouvait provoquer ou stopper le changement d’état de la matière. Posez-vous la question, Johann, quelle est la nature de la nécessité qui s’imposa alors à l’homme, en passe de devenir l’être humain, pour qu’il se prît à vouloir nommer et représenter les choses ? Le lien, le partage, le message. Le tissage qui en découle, avec la naissance de l’Histoire, que moi j’appelle prologos, a-t-il arraché une part à jamais perdue de la vérité humaine ? Peut-être une détermination, mystérieuse, qui ferait de l’homme un producteur permanent d’objets et d’images, ces dernières habillant les premiers et réciproquement, l’homme comme spécialiste naturel de la réification.

Il avait parlé longuement, quasiment tout le long du trajet, en jetant de temps à autre un regard dans le rétroviseur. Il avait fait une sorte de démonstration, comparable aux cours qu’il assurait à l’université, avec un plan. Premier temps : l’homme ajoute sans cesse des signes sur la peau du monde, il n’ajoute pas de la matière (la quantité de matière constituant l’univers n’est pas dépassable), il la transforme sans cesse et y adjoint un rôle dans une catégorie précise, et se donne ainsi un environnement qu’il a pensé et dans lequel il dispose donc de représentations. Deuxième temps : par un mouvement historique (superlogos), parfois chaotique, il est advenu que la totalité de ces représentations ont fondu dans un ensemble modifié à l’insu de l’individu pour le moulage de la masse et auquel peu à peu l’homme s’est identifié, primo, aidé en cela par le discours d’un locuteur invisible et fétichiste qui vante le chemin de la marchandise, secundo, contraint par des conditions de l’existence de plus en plus réglementées mais folles, et tertio, noyé dans un monde dont la figure n’est pas la sienne, qui révèle un néant effrayant, le négatif aveuglant de la vie. La solution, du moins l’amorce de solution, ne pouvait prendre source que dans la compagnie solide et solidaire, dans la commune vitalité poétique, et surtout, en répandant des mots, toujours des mots, pour assurer la subversion.

Une question qui revient souvent, lorsqu’on rencontre quelqu’un pour la première fois, on nous demande : « Que faites-vous dans la vie ? ». Il est important de bien entendre cette question, puisqu’elle interroge précisément une activité qui n’est pas dans la vie : le travail. Ce n’est pas le sujet dans sa façon d’être au monde qui est questionné, mais bel et bien l’agent de production et sa fonction dans le circuit de la marchandise. Par ironie, je réponds toujours à cette question en donnant un exemple d’activité domestique, lire, écrire, manger, baiser, relier des livres, dormir, ou hors de la maison et hors de mes métiers, me promener, battre la campagne, discuter avec mes amis, défaire des nœuds. Aussi, lorsque de cette manière, on m’aborde et sollicite mon identification sociale plus que mon identité individuelle, on veut d’abord m’indexer comme chaînon dans un processus de production, admettant a priori que cette fonction définit la vie. La réponse très souvent déconcerte, et c’est l’occasion d’ouvrir une discussion assez originale. Aux USA, l’une des premières questions que l’on pose aux nouveaux arrivants est carrément plus précise (l’activité professionnelle en tant que telle en devient même secondaire) : « Combien gagnez-vous ? »

Le vocabulaire actif, nombre moyen de mots utilisés dans la vie courante, et le vocabulaire passif, nombre moyen de mots connus mais non utilisés, baissent de façon constante depuis de nombreuses années. Cette contraction linguistique, qui est encore une forme de la misère, produit une forme de répétition sémantique : moins on dispose de mots, plus on les utilise, et plus on les utilise, plus ils perdent de leur sens, et limitent considérablement la précision de la pensée. Voilà un domaine où le quantitatif ne règne pas, où l’accumulation n’est pas idéale. Un locuteur qui possède une quantité réduite de vocables, non seulement ne peut efficacement se faire comprendre, mais il a tendance en conséquence à limiter le nombre de ses interlocuteurs (donc ceux qui sont dans la même situation de pauvreté lexicale), ce qui génère un isolement social associé à un éloignement des sources du savoir. Prétendre que cette déperdition touche avant tout les classes populaires ou les gamins de banlieue est un baratin sociologique : la tare est présente partout, mais elle se mesure plus volontiers dans certaines catégories socioprofessionnelles vivant dans des conditions matérielles davantage aliénantes, afin d’alimenter quelques bonnes vieilles théories communautaristes. Il n’empêche que ce constat explique en partie ce avec quoi j’ai introduit mon chemin de la Critique : lire et écrire, fonder une cartographie, préciser un territoire où je peux éprouver le pouvoir des mots sur le monde, non seulement pour me préserver des discours dogmatiques mais aussi afin de pouvoir mettre en exercice mon libre-arbitre, ma faculté de résistance aux injonctions du monde dans lequel je vis.

Les expériences en la matière sont parfois déroutantes. Combien de fois, au cours de discussions, et je ne parle même pas de discussions sur un sujet serré qui exigerait éventuellement un champ lexical assez riche, me suis-je aperçu dans la réponse de mon interlocuteur, ou dans sa façon de reformuler mon propos, qu’il n’avait pas compris l’idée que je venais d’exprimer. Quand j’entends ou lis la manière dont s’expriment la plupart des enseignants que je suis amené à fréquenter, que ce soit dans leurs choix des mots, dans leurs constructions syntaxiques, leur orthographe et leur grammaire approximatives, et si l’on considère les méthodes hallucinantes utilisées pour l’apprentissage de la lecture et de l’écriture, je crains que beaucoup de nos enfants soient plongés assez vite dans un épais brouillard d’ignorance fatale.

Les forces qui traversent les mots sont des vecteurs non mathématiques qui, même s’ils sont aussi entre les mains ou dans la bouche de quelconque autorité, ont le caractère incontrôlable et insoumis d’une rébellion permanente. Et c’est justement par ce trait spécifique que le combat de la Critique est possible ; c’est avec eux, les mots, avec lui, le langage, que tout devient envisageable par l’effet de la communication directe, opposée à l’information officielle, puisque cette dernière exige du langage qu’il soit porté par un véhicule (médiatisation) ou remplacé par une image, éloignant tout ce qui était directement vécu dans une représentation. Par exemple, la mascarade qui consiste à faire passer l’interactivité via un réseau séparé pour l’interaction vraie entre les individus est une grossière tentative de contrôle et de déplacement des activités immédiates et directes de la vie. L’interactivité ne transmettra jamais que de l’information par des flux croisés, ses variables étant limitées, l’interaction créera l’événement, ses variables étant infinies ; cela n’a pas exactement la même consistance.

Cette interaction de base, vitale, est ignorée par les informations et le discours du système, et celles-ci n’ont aucune prise sur celle-là. Cette interaction multipliée par autant d’individus qui se parlent et désirent ensemble, qui veulent vivre plutôt que survivre sous l’emprise d’un empire totalisant, sans tenir compte de la publicité (au sens strict du terme), de la propagande, des circuits usés de la marchandise, constitue la commune et sa poésie, formulation d’un bonheur en devenir qui ne saurait être une denrée, une quantité. La vie, contrairement à la survie, n’est pas mesurable, elle ne se réalise d’abord que localement et se pense globalement, dans les multitudes ; et elle n’a pas de prix.

La Critique, portée par la langue, se retourne en elle-même par le mouvement de la dialectique et se déplace, se recentre ou se décentre, et inaugure l’une des tâches de la philosophie (Wittgenstein me semble-t-il la voyait comme tâche principale) qui est la critique du langage et la critique des mésusages linguistiques. Pour revenir aux champs lexicaux, considérant les individus qui disposent d’un niveau de langue assez élevé avec un vocabulaire riche et varié, quels que soient les domaines d’activités par et pour lesquels ils s’expriment, et en dehors de ceux-ci, dans la vie quotidienne par exemple, il est intéressant de repérer dans leurs façons d’articuler la langue tout élément propre au discours ambiant, toute empreinte figée et trace artificielle de la séparation, ce qui peut prendre des formes très variées, bavardages, paraphrases, tournures à la mode, mots devenus génériques dans lesquels sont fourrés une grande quantité de sens ou de pseudo concepts. Parler pour ne rien dire est le lot commun du spectateur qui reproduit en miroir les éléments discursifs qui l’environnent.

Avant de prendre congé, je citerai un contre-révolutionnaire (si, si), Joseph de Maistre qui en son temps affirma : En effet, toute dégradation individuelle ou nationale est sur-le-champ annoncée par une dégradation rigoureusement proportionnelle dans le langage.

(à suivre, ici)

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